Une anagramme de ailleurs la tête
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Illimité, nocturne, étoilé ?
lundi 30 septembre 2024, 22062e jour de mer, par
Qui suis-je ? Indéniablement, moi-même. Cette tautologie, généralement, suffit à circonscrire le mystère : il y a le dedans et le dehors, le moi et le non-moi. Faut-il y regarder de plus près ? Non, c’est tout vu.
Pourtant je regarde encore : où sont mes limites alors ? Il s’avère que, de l’intérieur, de première main, il est bien moins facile de les trouver : je croyais que mon corps était d’un seul bloc or je ne devine que deux ou trois fragments épars de bandelettes effrangées et non-orientables (comme on le dit en géométrie), quelques îlots indécidables et autres pointillés hésitants, murmurations d’étourneaux — les scintillements de cette carte du ciel nocturne sont tout ce qui reste de la forteresse : des grains de sable isolés.
Qui suis-je si mon corps est aussi poreux qu’une bulle sur le point de disparaître ? Une irisation ?
D’un point de vue savant, il y a six cent quarante os dans mon corps, deux cent six muscles, la surface de ma peau est d’environ cent quatre vingts centimètres au carré… mais alors que je suis aux commandes, je ne sens rien de tout cela : parfois une sensation, par là, vers le pied de la chaise, une émotion brûlante, vers elle qui m’écrit — quelques mots qui me traversent dont je ne sais pourtant qui, d’elle ou de moi, les a écrits — car mon esprit, quelles en sont les limites ? Les mots que j’y entends, d’où viennent-ils ? Dans quelle sphère résonnent-ils ? Par quel portail y sont-ils donc entrés ? Si je pense à la Lune, Nouvelle dans deux jours, mon esprit s’étend-il jusque là ? et si nous sommes nombreux à y penser, nos esprits n’en font-ils qu’un, illimité, nocturne, étoilé ?
se demande le peintre, ce 22062eme matin.
[ Aléa et illustré ]